Escrime Artistique Art technico-corporel - Analyse du mouvement et perception de la gestuelle

Fiche technique 1 : L'analyse du mouvement et perception de la gestuelle - 2ème partie


Dans cette 2ème partie de cette fiche technique seront abordés les sujets suivants :


  • L'analyse du mouvement

  • Le geste et sa perception


4. L’analyse du mouvement

Pour Odile Rouquet « il faut ouvrir les surface de bases : une pyramide égyptienne est plus stable qu’une toupie », plus les bases on un volume important, plus l’équilibre est stable. « un pied ouvert pourra repousser le sol, un bassin ouvert pourra servir d’appui, efficace aux mouvements des jambes et du tronc, tout en restant stable ou mobile, grâce à un travail tout en finesse des muscles ». Tout est résumé dans cette phrase. Notre mécanique, notre squelette, et son carburant, nos muscles, sont intimement liés dans notre manière de nous tenir debout et de manière stable. Il est important de comprendre le rôle du bassin et du pied (avec sa forme triangulaire).

Le plus difficile à partir d’ici sera de faire prendre conscience à toute personne que son corps est avant tout le premier outil de travail, l’arme n’étant que son prolongement, un accessoire secondaire.


Comprendre son corps dans toute sa globalité. On a vu plus haut son mécanisme, mais comment mettre tout cela en action ?

La première chose est la découverte du poids. La pesanteur en est un repère. Se grandir, donner du poids dans un mouvement, tout cela ne serait pas possible sans la pesanteur. Rechercher son centre de gravité.

Pour Odile Rouquet, et je rejoins cette analyse, la notion d’axe « de ligne énergétique » est essentielle pour avoir une vue globale de son corps. Tout notre corps est dirigé par notre système nerveux et donc notre pensée. La visualisation aide à l’exécution d’un mouvement.

Odile Rouquet et Irène Dowd développèrent l’IDEOKINESIS. Celui-ci est un processus par lequel on imagine un mouvement. Notre système nerveux s’entraine à utiliser des nouveaux schémas.

Idéo : pour idée

Kinesis : pour mouvement

"La visualisation d’un mouvement donné, envoie des ordres de stimulation le long de certaines voies neurologiques à certains muscles et des ordres d’inhibition à d’autres. Préparer son sytème nerveux à stimuler des muscles de façon appropriée pour produire ce mouvement. C’est une des étapes de l’apprentissage du mouvement ».

« Il faut passer par une première étape : avant de visualiser le nouveau schéma, ils faut neutraliser ou vider l’esprit, relâcher pour ne pas continuer à agripper notre façon de faire d’autrefois »


Il existe 3 étapes :

  1. La relaxation, en position de repos

  2. La visualisation des mouvements en restant dans la position de repos. Les visualiser jusqu’à ce qu’ils restent simples et clairs. Si les mouvements sont répétés facilement, alors c’est que le sytème nerveux les a intégré.

  3. Exécuter le mouvement avec cette nouvelle habitude.


La visualisation est souvent utilisée dans le cas de certaines blessures, afin de pouvoir permettre aux personnes de surpasser l’appréhension du mouvement, de la remise en fonction du corps. Dans le cas d’une préparation à une compétition également, ayant déjà fait l’expérience précédemment, le temps gagné est considérable.


Exemple pratique :

Les positions de relaxation sont propres à chacun, il faut en tester plusieurs pour trouver la bonne. Une fois le corps relâché et l’esprit concentré sur la respiration, la visualisation de la partie causant souci peut commencer. Attention, en toute honnêteté c’est la régularité de cet exercice qui donnera un résultat. Le tenter une seule fois ne résoudra pas le problème. Il faut entrainer l’esprit à se relâcher et à se concentrer (comme un muscle que l’on entraine) et surtout s’habituer à l’environnement dans lequel on pratique. Le bruit extérieur peut être un élément perturbant. A l’issu de la visualisation, je prend toujours le temps de refaire le même exercice de respiration qu’au début. Soit je commence mon entraînement et/ou la répétition, soit je termine par cette visualisation.

J’utilise également cette méthode dans le cas où un élève bute systématiquement sur un geste technique ou parce qu’il a une appréciation quelconque (souvent chez les adultes des cours RIPOSTE ou chez les jeunes enfants).

La visualisation commence toujours par la perception du corps à la fois sur le ressenti mais également sur la vision globale de celui-ci. Ceci permet également de déterminer les zones de tension et par le biais de la relaxation de les amener à disparaître. Puis le but est d’amener l’esprit à se concentrer sur les parties du corps qui rentrent en mouvement dans le geste technique.

Si la séance est faite avec sérieux elle peut prendre entre 30 et 40mn voire presque 1h suivant le niveau de difficulté à se concentrer. Mais c’est autant de temps de gagner sur la mise en pratique par la suite.



@crédits photos "L'atlas du mouvement"


@crédit photos "Dance Teacher" - Irene Dowd


5. Le geste et sa perception


Pour ce dernier chapitre qui va conclure cette fiche technique, je vais aborder la notion de geste et la perception que l’on va en avoir.


Pour cela il est nécessaire de comprendre plusieurs étapes :

  • Le pré-mouvement (ou le langage non conscient de la posture)

  • L’expressivité et les attitudes posturales

  • Le signe et sa forme

  • Et enfin le volume du mouvement

Tout cela permettra l’accomplissement du mouvement, avec une certaine forme et une expressivité dans celui-ci, une attitude. C’est ce qui nous fera aboutir au geste chorégraphie, à partir d’un mouvement technique.

Afin d’illustrer tout cela je vais m’appuyer sur 3 études faites par 3 grands de la scène :

  • Hubert Godard : danseur et pédagogue, maître de conférence au département de la danse à Paris 8 et co-directeur du International Center for Research and Therapy à Milan, spécialiste de l’analyse du mouvement. Entretien avec Hubert Godard pour « Un atlas des figures » : https://www.pourunatlasdesfigures.net/element/fond-figure-entretien-avec-hubert-godard

  • Jacques Lecoq : comédien, metteur en scène, chorégraphe et pédagogue français. Il était maître pédagogue pour le comédien par des travaux sur le mime dramatique, le masque, le chœur des tragédies antiques, le clown et le bouffon.

  • Vsevolod Meyerhold : dramaturge et metteur en scène russe, spécialiste de la bio-mécanique du corps dans le théâtre.


Modèle de lecture suivant Hubert Godard


Hubert Godard développa un modèle de lecture du mouvement basé sur la respiration pulmonaire et la colonne vertébrale. Chaque partie du corps, chaque mouvement respiratoire, sont en relation avec la terre, le ciel, l’espace.

Quelques exemples ci-après :


Un mouvement vers la terre = expiration

Un mouvement vers le ciel = inspiration

Liaison terre et sacrum = poids du sacrum vers le sol

Liaison ciel et occiput = action d’ascension


Rapport au langage corporel pour la présence scénique = combinaison du centre moteur des bras (la 4ème dorsale) et cendre moteur des jambes (3ème lombaire)

Le centre des bras est le centre de l’ensemble du tronc, de la tête, des bras, il permet « d’aller vers »

Le centre des jambes est le centre de gravité de l’ensemble du corps.


Inspiration ===>  on prend l’air, on accueille

Expiration  ===>  on repousse, on laisse partir


Pour Hubert Godard directions et imaginaire sont la rencontre entre le symbolique, l’affectif et la mécanique du corps. « L’imaginaire façonne la structure ».

Pour sa perception du geste il faut distinguer plusieurs étapes, que je vais nommer car elles résument à elles seules ce que nous recherchons dans nos chorégraphies (alliance du geste technique et émotions à travail lui).


Le pré-mouvement : les muscles enregistrent des états affectifs, émotionnels. Le pré-mouvement va être le lien du poids, de la gravité, de la charge expressive du mouvement qui va être exécuter. Pour bien comprendre prenons un exemple : « toute modification de la posture a une incidence sur notre état émotionnel, et tout changement affectifs aura une incidence sur notre posture… ». Notre propre culture, notre propre histoire, vont influencer notre manière d’interpréter un mouvement, de le ressentir.

C’est une manière d’identifier notre propre mécanique en incluant notre propre culture, notre ressenti. C’est qui va amener également à déterminer notre propre « signature visuelle »

L’expressivité : elle va nous permettre d’améliorer, de modifier voire de diversifier la qualité du geste. On peut atteindre toutes ses dimensions grâce à l’imaginaire. Exemple : « un danseur de Pina Baush peut parler en même temps que le développement d’une gestuelle opposée à ce qui est dit »

La perception du geste : « ce que je vois produis ce que je ressens, et réciproquement mon état corporel travaille à mon insu l’interprétation de ce que je vois »

Exemple pratique

L’observation en duo est un exemple concret de tout cela. 2 escrimeurs effectuent la même chorégraphie de mouvements. Faites les s’observer à tour de rôle. Ceci les amènera à développer un sens critique (dans le bon sens), à comprendre le mécanisme des mouvements, la façon de percevoir ce que l’autre exécutera, d’affiner et affuter son regard, et surtout à développer sa création

Ce travail peut être fait également par le biais de la vidéo, amener les exécutants à se regarder, à regarder les autres également, sans jugement particulier, juste dans l’analyse. On est parfois surpris du retour que l’on a. Ce que l’on a essayé de transmettre à l’autre, n’est pas toujours perçu tel qu’on l’aurait souhaité. C’est à ce moment là que rentre en considération la justesse de ce qu’on exécute.

L’analyse du mouvement par Jacques Lecoq


Cette analyse fut pour moi une révélation dans tout ce que j’avais fait par avant et pour l’avenir. Elle me permit d’y voir plus clair sur ce que j’avais envie de mettre en place, de comment le faire et surtout comment le public allait percevoir ce travail.

« Il faut un début et une fin à tout mouvement, car tout mouvement qui ne finit pas n’a pas commencé. Savoir finir est essentiel ». Tout est dit… J’aime reprendre cette citation en cours pour illustrer mes propos et explications.


Jacques Lecoq développa son analyse à partir des mouvements naturels de la vie.


3 mouvements la composent :


L’ondulation = « être avec ». C’est le premier mouvement du corps humain, le regard prend appui sur le sol pour transmettre l’effort à tout le corps. Moteur de l’effort physique

L’ondulation inversée = « être pour ». C’est le même mouvement mais son point d’appui va être dans l’espace, c’est la tête qui va le commencer.

L’éclosion = « être contre ». Elle se développe à partir du centre, par une attitude regroupée au sol, en occupant le plus petit espace pour terminer par une extension totale. Comme une fleur qui éclose…

Le corps et le regard sont intimement liés.

Les lois du mouvement selon Jacques Lecoq :

  • Il n’y a pas d’action sans réaction

  • Le mouvement est continu, il avance sans cesse

  • Il précède toujours un déséquilibre, à la recherche de l’équilibre

  • L’équilibre est lui même en mouvement

  • Il n’y a pas de mouvements sans point fixe

  • Le point fixe est lui aussi en mouvement


Exemple pratique :

J’ai testé, exécuté et fait exécuté différentes situations à partir d’exercices pratiques donnés par Jacques Lecoq. Je suis sortie de tous mouvements d’escrime au préalable pour illustrer ce dont j’attendais. D’abord sur des gestes simples du quotidien (ouvrir et fermer une porte, porter un objet lourd, escalader etc…), puis j’ai amené parfois mes élèves dans des scénarios loufoques, parfois seul ou à plusieurs .

Le but est de regarder dans le détail l’action, du pré-mouvement jusqu’à l’exécution totale et finale. Ensuite d’exécuter ce qui était demandé sans oublier aucune étape, idem réfléchir au moindre détail. La vitesse d’exécution est un élément essentiel. Si au départ le mouvement est exécuté trop vite, il n’a pas été perçu dans son intégralité par celui qui regarde. Si la vitesse est trop lente, le risque est le « décrochage » de la personne qui observe. Trouver la bonne vitesse avec la bonne exécution… le travail est parfois très long. De même que le volume du mouvement. Si celui-ci est exécuté trop petit nous risquons d’en oublier des étapes voire que celui-ci ne soit pas perçu dans son intégralité par le spectateur. S’il est trop grand nous risquons d’en oublier certains détails.

J’ai testé récemment ce type d’exercice avec des enfants. Leur imaginaire très débordant amène à des situations très détaillées. L’enfant regarde, observe et enregistre tout et surtout est attentif au détail dans l’exécution et dans l’observation. Ce qui amène généralement à de grandes discussions sur l’analyse de ce qui a été fait.

Travail de la bio-mécanique du corps selon Meyerhold


Cette méthode peut également trouver sa place dans les fiches technique 2 sur la préparation du corps. J’ai décidé de la mettre ici, car pour moi si on sort du champs « entrainement-échauffement», elle demande aux exécutants de connaître leur corps, son fonctionnement et ce qui va rentrer en considération dans l’exécution des mouvements. J’utilise souvent cette méthode dans les échauffements, une vidéo la résume bien, et va rappeler des souvenirs à certains…

Meyerhold développa cette méthode d’entrainement pour l’acteur, avec une approche strictement physique. Pour lui le corps de l’acteur doit fonctionner sous forme de réflexe. Il ne recherche pas le naturel dans le jeu d’acteur. Le comédien ou l’acteur doit développer des réflexes pour interpréter ses rôles, une mécanique.

Les différents exercices proposés par Meyerhold sont basés sur l’utilisation d’un bâton (une canne de combat fait très bien l’affaire) et du corps. Je vous laisse constater en vidéo le rendu. La perception que l’on a des gestes est totalement différente de ce qui a été démontré précédemment mais elle est complémentaire.

Ces exercices peuvent être remis en place très facilement en séance :


https://youtu.be/AtHRVLEbX9I


Il y a une multitude de manière d’analyser les mouvements, de percevoir le geste. Le conseil est de s’y entrainer. Au fur et à mesure l’oeil rentre dans le détail.

Je me suis beaucoup appuyée également sur un livre que ce soit pour des stages et des cours mais également pour la création des spectacles : « Histoires de gestes » Ouvrage collectif sous la direction de Marie Glon et Isabelle Launay. Editions Actes Sud, 2012. Je vous le conseil fortement. Il est démontré de manière très simple qu’une simple marche peut avoir diverses significations…



Version téléchargeable ==> Ici !


Documentations - sources :

« Les techniques d’analyses du mouvement et le danseur » - Odile Rouquet

Article « Analyse du mouvement » - Médiathèque du centre national de la danse

« De l’escrime à la danse » -article Arrêt de la scène D. Kiss

« Le geste et sa perception » - Hubert Godard

« Présentation d’un modèle de lecture du corps en danse » -Hubert Godard

« Corps, espace, images » - C. Tufneu, C. Crickmay

« Le corps poétique, un enseignement de la création théâtrale » - Jacques Lecoq

« Histoire de gestes » - M. Glon, I. Launay

« Anatomie pour le mouvement » - B. Calais Germain

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