Escrime Artistique Art technico-corporel - Analyse du mouvement et perception de la gestuelle

Fiche technique 1 : L'analyse du mouvement et perception de la gestuelle - 1ère partie


Cette Fiche technique étant relativement longue, je vous propose de la découper en deux parties. Dans le format téléchargeable, celle-ci sera disponible dans son intégralité


Dans un premier temps seront abordés :


  • la compréhension du mouvement

  • les plans du mouvement

  • les différentes parties du corps


Chronophotographie d’un escrimeur - Georges Demeny

C’est un élément souvent mis de côté en escrime artistique et de spectacle, car faute de formation en la matière dans notre domaine. Pourquoi une telle analyse ? Qu’est-ce qu’elle apporte dans la pratique de l’art de s’escrimer sur scène ? Comment peut-on l’aborder en cours ou sessions d’entrainement ?

Elle va permettre de mieux appréhender les corrections posturales des élèves, et de se corriger en respectant le mouvement naturel du corps. Connaître les zones du corps qui sont sollicitées tant sur le plan squelettique, articulaire que musculaire. La perception de la gestuelle, elle, constituera un élément primordial dans cette discipline, à savoir la juste exécution du mouvement et la perception que va en avoir le public.


1. Comprendre le mouvement

Le corps humain est une machine de guerre, qui se révèle au fur et à mesure à l’homme. Je pense que n’importe quel scientifique pourra vous dire qu’il n’en est pas venu à bout, quel qu’en soit son étude.

Nous sommes souvent amenés à corriger les élèves ou les personnes avec qui nous travaillons, voire nous même, mais avant toutes corrections du mouvement il faut comprendre quels en sont les mécanismes.

Notre squelette (nos os), nous permet d’exécuter ces mouvements, mais ils ne pourraient le faire sans l’aide des articulations (le lien entre eux), des muscles (qui vont être mobilisés) et de leurs contractions. Notre regard, indispensable dans la correction, doit pouvoir analyser sous différents plans et dissocier les différentes parties du corps, trouver le lien entre elles.

Le but étant d’être attentif sur chaque partie du corps rentrant en jeu dans la pratique de l’escrime, connaître les différents mouvements globaux, nécessitant les articulations et les muscles rentrant en action.

Les os

Il existe 4 contraintes pour les os :

  • Les contraintes en pression = poids du corps

  • Les contraintes en flexion = levier aux tractions musculaires

  • Les contraintes en traction = porter

  • Les contraintes en torsion

Les muscles

2 types de muscle :

  • Les muscles longs : ceux de la cinétique, ils entrainent un déplacement important

  • Les muscles courts : profonds, ils interviennent dans la précision des ajustements osseux

Exemple avec la flexion du tronc :

  • S’il y a une chute en avant du tronc => pas de muscle en contraction c’est la pesanteur qui fait le travail

  • S’il y a une flexion en avant du tronc => alors contraction des extenseurs du tronc qui retiennent la flexion


Les formes de contractions

  • Concentrique : muscle acteur du mouvement

Exemples :

- d’une position couchée flexion du tronc en avant pour se relever

- Un bras de fer entre 2 personnes, si l’une gagne contraction concentrique

  • Excentrique : quand un mouvement est freiné par les muscles opposés à ce mouvement

Exemple :

- lors d’un bras de fer, l’un perd et freine la traction de l’autre


Exemple d’exception :

- En position accroupie : le déplacement osseux sans changement des longueurs musculaires est compensé par les angulations de la hanche et du genou

  • Statique : attitude figée par une contraction musculaire

Ces 3 contractions sont souvent combinés entre elles lors des mouvements

Exemple :

si on veut tendre le genou : le travail statique des fléchisseurs de hanche + le travail concentrique des extenseurs de genou.


2. Les plans de mouvement


Pour bien percevoir les mouvements, il est important de regarder le corps sur différents plans. Une vision en 3D en quelque sorte.

Il existe 3 types de plan qui serviront de référence.


Le plan sagital : il partage le corps en 2. Ce plan permet de distinguer les mouvements exécutés de profil


@Mag Ressiot

Le plan frontal : il divise le corps en 2 parties, antérieur et postérieur. Les mouvements seront visibles de face


@Mag Ressiot


Le plan transversal : le corps est divisé en partie supérieur et inférieure, les mouvements seront visibles d’en haut et d’en bas



@Mag Ressiot

Notre oeil est naturellement exercé à ces différents plans, sans que nous soyons dans l’obligation de lui forcer le travail. Cependant, lors d’un travail spécifique vidéo il est intéressant de filmer suivant les différents plans afin d’analyser les mouvements sous toutes « les coutures ». Certains seront plus visibles suivant un plan en particulier, d’autres seront cachés.

Il est important d’avoir une vue d’ensemble de l’exécution des mouvements. Personnellement j’aime à me déplacer, à grimper sur un banc ou une chaise pour prendre de la hauteur, à placer des caméras à différents angles. Nous verrons plus tard l’intérêt que cela amène



3. Les différentes parties du corps

« Il faut donner les outils de connaissance et les facultés de s’aider soi-même à transformer son propre schéma de mouvements, être auto-responsable » O. Rouquet


Cette phrase résume à elle seule la nécessité de comprendre son propre corps.


Quelle importance cela peut-il apporter dans notre discipline ? Amener les personnes à mieux se connaître sur le plan mécanique et acquérir sa propre signature corporelle. Souvent nous pouvons remarquer la signature de l’enseignant dans l’exécution des actions, dans la chorégraphie. Amener l’élève ou l’exécutant à comprendre sa propre logique de mouvements, son propre chemin corporel, modifiera forcément la manière dont les actions seront exécutées. Nous ne sommes pas égaux face à l’effort physique, la souplesse ou la visualisation du mouvement. Et c’est là que toute la différence sera tout aussi intéressante.


Exemple pratique : exécutez vous même un mouvement simple comme tendre la main devant vous, de manière à dire stop, et demandez à chaque personne d’exécuter le même geste. Observez et remarquez que chacun ou chacune amènera le mouvement différemment. Tout d’abord sur le déclenchement, puis sur la finalité de celui-ci. Coté exécutant, demandez leur s’ils ont détecté le premier muscle qui se met en action. Vous serez surpris de leur réponse…

Refaites leur faire le même exercice mais les yeux fermés maintenant. Et à nouveau reposez la même question, si les personnes sont réellement à l’écoute de ce qu’ils font, leur perception sera différente. Faites le test ! Il incombera forcément de laisser libre cours à la personne de comprendre le chemin du mouvement, de ne pas le guider pour ne pas lui communiquer notre propre schéma corporel… accepter que le chemin qu’ils prennent soit différent du vôtre.


Quels mouvements globaux et muscles se mettent en action dans la pratique de l’escrime artistique ?


Pour mieux visualiser prenons en exemple le schéma ci-après et descendons de la tête jusqu’aux pieds



@encyclopédie Larousse

Le haut du corps


Le tronc : tête, buste et colonne vertébrale nous permettent d’effectuer différents actions avec notre arme mais également de jouer avec le corps pour donner de l’intention.

Le tronc permet :

  • Vers l’avant : une flexion

  • Vers l’arrière : une extension

  • De côté : une inclinaison

  • En pivotant : une rotation

Il a un rôle important dans la respiration grâce aux différents muscles qui le composent notamment le diaphragme et les abdominaux. Le diaphragme a un rôle de ventouse qui se meut entre le thorax et l’abdomen, l’action est combiné entre autre avec celle des muscles abdominaux. D’où l’importance du renforcement abdominal et de son rôle dans la respiration, mais également dans la voix.

La colonne vertébrale, composée de 24 vertèbres, avec le sacrum et le coccyx, nous permettent de nous tenir debout, et d’effectuer toutes les actions. La colonne vertébrale, a un rôle important en danse ou en mime. Comme un accordéon, plus elle est mobile et rentre dans le jeu, plus visuellement elle donnera de la rondeur, des intentions dans le corps.


Les coudes, les poignets et les avants-bras : articulations qui ont leurs importances dans la tenue de l’arme et dans l’exécution des actions offensives et défensives. Comprendre le rôle de chacune, permettra notamment à acquérir le mouvement de poignet nécessaire à l’arrêt de l’arme, les changements de rythme (lent et rapide).

Les différentes orientations de la main, en supination ou en pronation, nous permettent de donner une direction, de tenir l’arme de la manière la plus adéquate, toute en sécurité.

Le bas du corps


La hanche, les genoux, et les chevilles sont nécessaires à nos différents déplacements. Comprendre leur mécanisme et le rôle de chacune de ces articulations, augmentera la capacité à sentir les appuis, à mettre en route la « mécanique », pouvoir jouer avec celle-ci pour se mouvoir de différentes manières à différents rythmes… le renforcement musculaire de ces différentes zones, le travaille de la souplesse également, sont des atouts supplémentaires dans notre pratique.


Leur coordination avec le haut du corps, est un alliage nécessaire également dans la recherche de l’équilibre.


Exemple pratique :

Amenez une personne à isoler chacune des parties du corps énoncée plus haut, chaque articulation, le mieux avec les yeux fermés pour qu’elle ressente les sensations et la mécanique du corps. Faites lui décortiquer une action, articulation par articulation. Le fait de comprendre le chemin articulaire, lui permettra d’aller chercher un équilibre différent, des changements de rythmes différents dans sa manière de bouger.

Mettez vous à observer les personnes de votre groupe, constatez les blocages dans l’exécution des mouvements. Essayez de comprendre l’origine du blocage. Attention celle-ci n’est pas forcément à l’endroit même du blocage, elle peut être située totalement à l’opposé. Toute action du haut du corps, sollicitera en premier un muscle du bas du corps et vice et versa. Il est plus simple de corriger une personne quand l’origine du blocage ou du défaut est détectée. Il vaut mieux parfois s’abstenir de toutes corrections, quand nous n’arrivons pas à la percevoir. Cela évite des mauvaises habitudes corporelles ou des blessures



Les sujets suivants de cette fiche technique seront abordés dans une 2ème partie consacrée à :

  • L'analyse du mouvement

  • Le geste et sa perception


Version téléchargeable ==> Ici !



Documentations - sources :

« Les techniques d’analyses du mouvement et le danseur » - Odile Rouquet

Article « Analyse du mouvement » - Médiathèque du centre national de la danse

« De l’escrime à la danse » -article Arrêt de la scène D. Kiss

« Le geste et sa perception » - Hubert Godard

« Présentation d’un modèle de lecture du corps en danse » -Hubert Godard

« Corps, espace, images » - C. Tufneu, C. Crickmay

« Le corps poétique, un enseignement de la création théâtrale » - Jacques Lecoq

« Histoire de gestes » - M. Glon, I. Launay

« Anatomie pour le mouvement » - B. Calais Germain

  • Facebook - Black Circle
  • YouTube - Black Circle
  • Instagram - Black Circle

© 2020 by MagR. Proudly created with Wix.com

Bordeaux Libourne